Comedia Infantil de Henning Mankell

comedia-infantil2Comédia infantil / Henning Mankell. – Paris : Ed. du Seuil, 2003, 235 p.

ISBN : 978-2-02036766-0

C’est le deuxième livre d’Henning Mankell que je lis. Le premier, c’était « les chaussures italiennes » et j’avais adoré l’atmosphère de son livre qui se passait en Suisse. Henning Mankell est décédé le 5 octobre dernier et j’ai eu envie de passer un moment avec cet auteur suédois et aussi je dois dire de lui rendre hommage. Ici, cela se passe en Afrique, c’est en quelque sorte le deuxième pays de Mankell puisqu’il a longtemps partagé sa vie entre la Suède et le Mozambique où il a même dirigé une troupe de théâtre, ce thème-là est d’ailleurs important dans ce livre . On ne sait pas où se situe l’action mais on comprend que c’est un pays d’Afrique de langue portugaise au bord de la mer où il y a des blancs, des noirs et des indiens qui sont souvent commerçants. C’est une ville immense où débarquent sans cesse de nouveaux arrivants qui se font « absorber par la ville ». Peut-être est-ce au Mozambique ? Je ne sais pas, ce que je sais c’est que j’ai beaucoup aimé ce livre dont les chapitres sont découpés chronologiquement en nuits. Il y en a 9, la première c’est la rencontre entre José Antonio Maria Vaz boulanger depuis l’âge de six ans et Nélio, un enfant des rues qui est mortellement blessé. Le pays est en proie à une guerre civile, Nélio a dû fuir le village dévasté de son enfance heureuse, c’est le seul rescapé de la folie meurtrière qui s’est abattue sur son village une nuit. Un jour, un terrible choix lui sera demandé pour sauver sa propre vie et de là découlera son avenir. Lors de la dernière nuit, il mourra et le héros décidera de la suite à donner à sa vie. Au cours des 9 nuits, il soigne Nélio qu’il a installé sur le toit qui domine la ville, et on apprend l’histoire de cet enfant des rues qui a 10 ans et qui parfois en paraît 90 tellement il a de sagesse et de vécu dans ses propos. Peu à peu, son histoire déchirante et douloureuse se dessine au fil des pages. On découvre la vie de ces enfants des rues laissés à eux-mêmes dans un monde bien rude où ils n’ont aucune échappatoire. Ils vivent dans la saleté, la pauvreté et dorment dans la rue dans des cartons.

Nélio est un enfant qui devient meneur de bande. Ili est empreint d’une grande sagesse malgré son jeune âge. On a l’impression qu’il sait tout de la vie comme s’il avait vécu des dizaines d’années. Peu à peu, le texte devient poétique et on se laisse emporter par la folle imagination enfantine de Nélio qui veut offrir de la beauté et du rêve à un de ses jeunes amis de la rue qui est bien malade. Il a une grande force de survie en lui-même et on espère tout le temps qu’il va s’en sortir. Mais la réalité est dure, âpre, éprouvante et d’une infinie tristesse. C’est l’Afrique avec des enfants qui doivent survivre dans une jungle urbaine où ils côtoient les hommes, la vie, la mort mais aussi les esprits qui sont très présents. Nélio est différent des autres enfants qui le respectent ; c’est le seul à se poser des questions sur l’existence mais qui a comme les autres une seule préoccupation journalière : survivre.

Dans ce livre écrit dans sa version originale en 1995, l’espace est assez restreint puisque tout se passe entre la boulangerie, le toit terrasse et sa vue sur la ville, le vieux théâtre voisin et une placette avec une statue tout près de là et pourtant on ne se sent pas enfermés. C’est peut–être l’impression de liberté que nous donne Nélio et sa bande d’enfants des rues.

Souvent, j’ai eu l’impression de redécouvrir Kirikou et son conte initiatique mais ça je crois que c’est la magie de l’Afrique qui opère à travers les mots de Mankell. La rencontre avec un nain blanc appelé Yabu Bata à la recherche du sentier de ses rêves et de sa drôle de valise y est beaucoup pour quelque chose. J’ai adoré ce passage où Nélio découvre la mer. J’aime beaucoup le titre « Comedia Infantil », où on s’attend à une comédie joyeuse avec des rires, de la folie, du plaisir et en fait c’est plutôt « Tragédie de l’enfance » qui serait le terme le plus approprié même si on sent une toute petite lueur d’espoir. Le boulanger du départ deviendra même « Chroniqueur des vents » avec pour unique auditeur « la mousson venant de la mer ». Sa rencontre avec Nélio bouleversera sa vie à tout jamais. A aucun moment, Mankell n’est entré dans du misérabilisme mais cette histoire devient un vrai conte africain qui m’a beaucoup touchée.

 

Je terminerai par cette belle parole en citant Nélio dans le texte : « Mon père qui était un homme sage m’a appris à tourner la tête vers les étoiles quand la vie est trop difficile. Tout ce qui paraît insurmontable devient alors petit et simple. »


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