Un livre sur Haïti : Danser les ombres de Laurent Gaudé

gaude1Laurent Gaudé. – Danser les ombres. – Paris : Actes Sud, 2015, 250 p.

ISBN 978-2-330-03971-4

 

 

Autres livres lus de Laurent Gaudé :

La mort du roi Tsongor, 2002

Le soleil des Scorta, 2004

Eldorado, 2006

Ouragan, 2010

 

Lucine vit à Haïti à Jacmel avec ses sœurs Thérèse et Nine et ses neveux Georges et Alcine. Nine est la plus belle des sœurs et vit de ses charmes. Lucine est revenue il y a 5 ans de la capitale Port-au-Prince pour s’occuper avec sa sœur ainée des enfants de sa cadette livrés à eux-mêmes en renonçant à la vie qu’elle avait commencé à se construire là-bas et en abandonnant ses études mais aussi son engagement dans des groupes de réflexion politique et d’envies de liberté au moment où Aristide était encore au pouvoir en 2004. Dès les premiers mots du livre, on rencontre les premiers esprits, n’oublions pas que nous sommes à Haïti au pays des vaudous et tout au long du livre, ces ombres auront beaucoup de force et d’intensité. Celles-ci ont le pouvoir de choisir des vies et de les emmener vers un autre monde. Très vite, on comprend aussi que Lucine retourne à Port-au-Prince pour annoncer le décès de sa jeune sœur au père de la petite Alcine pour qu’il les aide enfin financièrement. Sur place, elle choisit de se reconstruire dans une nouvelle vie plus épanouie, de retrouver sa propre existence oubliée dans les taudis de Jacmel et de ne jamais y retourner car elle a déjà donné cinq ans de sa triste vie à sa sœur et ses enfants. Port-au-Prince est décrite comme une ville grouillante, colorée, à plusieurs vitesses, avec des bidonvilles accrochés à ses pentes et des quartiers avec de belles maisons et de beaux parcs. En parallèle, on découvre d’autres personnages et leurs vies, ainsi Saul, aux convictions humanistes qui a fui trois ans à Cuba pour oublier la violence de la vie à Haïti mais aussi pour finir ses études de médecine et est revenu sans diplôme ou encore Firmin, le chauffeur de taxi et ses combats de coq dans la gaguère et son passé trouble de tortionnaire, Lily la riche gamine de 16 ans malade et condamnée à une mort certaine qui a soif de vivre, la froide Mam’ Viviane qui n’a jamais aimé Saul, le bâtard de son mari et qui a perdu sa fille Emeline assassinée pour son engagement politique, Dame Petite la vieille gouvernante qui ne parle que pour s’adresser aux esprits, le bar ou plutôt l’ancien bordel de chez Fessou où Lucine va se faire de nouveaux amis, le facteur Sénèque devenu conteur qui amène une lettre surprise, Ti Sourire et ses amies de l’école d’infirmière. Tout ce monde se rencontre, se mélange, panse ses blessures après des années de peur. La vie revient avec ses promesses d’avenir, de construction d’un monde nouveau, le début d’une nouvelle existence, on sent le souffle de la vie et du désir monter entre les lignes, le monde a une saveur nouvelle, il y a une vague de douce quiétude et d’émotions nouvelles. Mais d’un coup, durant quelques secondes, la terre tremble, « elle n’est plus sol mais gueule qui s’ouvre » A 17 h 53, ce jour-là, Port-au-Prince se déchire, s’éventre, se fracasse en morceaux. La description du tremblement de terre est juste magnifiquement belle. Le temps est suspendu et devient silence, poussière. Les survivants sont hagards et ne comprennent pas bien ce qui se passe. Il n’y a que douleur et hébétude. La fin du livre est consacrée à la recherche de survivants parmi les décombres et les ombres. Les habitants de Port-au-Prince sont hagards et ne savent plus s’ils sont vivants ou morts, la vie reprend mais les prix ont triplé après le séisme. Il est temps de faire son deuil, de laisser les morts partir avec les ombres et là on comprend enfin le très beau titre choisi par Laurent Gaudé « Danser les ombres » où le monde des vivants et le monde des morts doivent se séparer après une dernière marche tous ensemble.

 

C’est un roman contemporain qui décrit magnifiquement Haïti avec ses combats de coq, ses rites vaudous et ses esprits qui sont prêts à entraîner certains des personnages dans le monde des ombres. J’ai adoré ce livre qui m’a énormément touchée.

 

Françoise Dargent, Le Figaro

« Roman de vie et de mort, Danser les ombres est un chant d’amour à Haïti. Il y a quelque chose de solaire dans ce texte qui dit le refus du renoncement et le droit au bonheur.  »

François Lestavel, Paris-Match

« Son récit sensuel et tragique laisse même planer les esprits vaudous pour se terminer par une marche fantomatique où morts et vivants se confondent, avant de se séparer dans la douleur.  »

Muriel Steinmetz, L’Humanité

« Un cortège funèbre beau à couper le souffle.  »


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