De Cienfuegos et sa douceur maritime à Santa Clara la rebelle

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Le réveil est difficile car j’ai peu dormi avec les énormes ronflements de mes voisins. Stef, inquiet de ne pas me trouver dans la chambre en pleine nuit, m’a récupérée endormie sur le petit canapé en rotin du salon et pour que je m’endorme à nouveau, il m’a mis la main sur les oreilles, ce qui a été vraiment efficace. C’est incroyable ce pays, dans toutes les maisons où nous sommes hébergés, il y a des aide-ménagères.

 

Cienfuegos 11-8Brenda la petite fille de la maison part à l’école avec sa maman en vélo. L’école commence à 8 heures et se termine à 16 heures. Toute la joyeuse bande de la veille a le réveil difficile. Nous prenons le déjeuner tous ensemble pour un prix de 5 CUC par personne. C’est le meilleur déjeuner de toute l’île, et c’est aussi le meilleur accueil. Adys et son compagnon Marco sont extrêmement généreux et se mettent en quatre pour nous faire plaisir. Au menu ce matin, du jus de goyave, du pain, du beurre, du miel, une belle assiette individuelle de fruits frais avec de la goyave, de l’ananas, des oranges et une banane.

 

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Nous quittons cette maison à regret. Le taxi collectif commandé par Marco est à l’heure. Nous voilà donc partis pour Santa Clara à une centaine de kilomètres plus au Nord-Est. Les taxis collectifs sont un bon moyen de se déplacer sur l’île. Aujourd’hui le prix est de 6 CUC par personne et nous avons largement de quoi loger toute la petite famille dans cette américaine. Adys nous a donné une adresse pour Santa Clara. Nous y allons donc directement après s’être arrêtés au Monument du Che qui domine l’immense place de la Révolution. Le piédestal porte gravé la célèbre phrase de Che Guevarra : «  Hasta la victoria siempre ».

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 Il y a aussi une fresque qui illustre la guérilla  de la Sierra Maestra et les faits d’arme du Commandante qui ici à Cuba est considéré comme le héros national bien qu’il n’était pas cubain. Ses restes reposent ici d’ailleurs. Nous nous amusons à faire des photos « révolutionnaires » comme doivent le faire tous les touristes qui passent dans le coin.

Nous arrivons à une casa tenue par un couple italo-cubain « l’Hostal Colibri Azul ». , un lieu magnifique autour d’un patio très fleuri. C’est une adresse à garder bien précieusement si nous revenons un jour à Santa Clara. C’est tout simplement le style de maison je rêve avec des tableaux colorés au mur, des fauteuils à bascule dans un patio ombragé, de l’espace, un sentiment de zénitude et de bien-être se dégage de cette maison où je serai bien restée. Luca le propriétaire nous dit que ça n’a pas été facile pour lui au début car ici, il faut savoir être très patient et il n’y a pas tout à tous les coins de rue comme dans nos contrées européennes.  Mais il nous a avoué être heureux loin de l’Italie. Il nous amène chez Adelfa, à une « cuadrada » de là, cela signifie à deux pas de chez lui. Nous sommes accueillis très chaleureusement et décidons d’y passer la nuit.

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Nos chemins se séparent provisoirement avec notre ami Ricardo qui prend le chemin de La Havane. Aïda et Sarah rejoignent Varadéro et sa plage avant de rentrer au Luxembourg le lendemain.

Santa Clara 11-23Aussi, nous partons à pied découvrir la ville. C’est bizarre de n’être plus qu’à deux après tous ces beaux moments partagés avec nos amis voyageurs. Il y a une rue piétonne appelée « le Bulevar » juste à côté de chez nous avec pas mal de magasins tout le long. Nous entrons chez un fleuriste qui a de belles compositions florales dans sa petite boutique.

Le jeune fleuriste est ravi d’exercer notre langue sous l’oeil amusé et fier de sa mère..

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Santa Clara est une ville qui a une scène artistique créative et qui est un important centre culturel. C’est d’ailleurs le second pôle universitaire du pays. Il y a de nombreuses galeries, des librairies avec des livres très peu chers. J’ai failli en acheter un mais là en vacances, je n’ai pas envie de lire des textes économiques.

Nous croisons de superbes tags sur les murs en référence à la vie familiale ou au développement durable au hasard d’une rue.

Santa Clara est aussi la ville connue du monde entier pour sa célèbre Bataille de Santa Clara où, en août 1958, le Che à la tête de 364 volontaires engagea une bataille à 1 contre 10 et attaqua un train blindé. Il reste un certain esprit rebelle dans l’air. Autour du Parque Leoncio Vidal, il y a de nombreux édifices avec notamment le majestueux Théâtre de la Caridad, le Musée des Arts décoratifs, une galerie d’art, des hôtels et la Bibliothèque José Marti, autre héros de l’histoire cubaine.

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Nous avons une très belle conversation avec une bibliothécaire qui ne connaît la France que par les livres. Elle me montre un texte de José Marti, poète très célèbre ici et aussi homme politique fondateur du parti révolutionnaire cubain. Dans ce livre, il  décrit l’Exposition Universelle de Paris. Il a écrit des textes très richement documentés sur la vie française à cette époque, et sur les français qui se sont libérés de l’oppresseur, à savoir de la royauté. Elle est ravie de nous dire que les livres lui apportent beaucoup, elle a une très belle phrase où elle m’avoue que « La littérature apporte de l’Humanité aux Hommes », ce que je comprends et partage tout à fait.

Il fait de plus en plus chaud. C’est la journée la plus chaude que nous connaissons depuis notre arrivée à Cuba. Nous déjeunons d’une pizza que nous partageons. Ce n’est pas terrible mais ce repas a le mérite de ne coûter que 4 CUC à deux boissons comprises. Nous rentrons nous mettre au frais et je reste à lire dans le joli patio.

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Après la sieste, nous allons visiter le « Teatro de la Caridad » qui est paraît-il le plus beau théâtre de l’île. La guide n’a qu’une envie, c’est rentrer chez elle, aussi elle nous laisse tranquilles pour le visiter à notre rythme.

Le célèbre ténor « Le Caruso » s’y serait produit. Il y a 3 étages de balcons aux fines colonnes. C’est une très belle architecture coloniale et nous sommes impressionnés par la machinerie de scène qui est d’origine avec ses immenses panneaux en bois mus par des contrepoids.

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Santa Clara 11-67De là, nous allons visiter le «Monumento à la Toma del Tren Blindado » à 15 minutes à pied. Stef souffre de son entorse mais fait comme si de rien n’était car il veut voir le lieu où s’est produit cet événement le 28 décembre 1958. Il reste 4 wagons du célèbre train ainsi que le bulldozer qui servit à déplacer les voies pour les faire dérailler. Stef fait remarquer que c’est quand même un bulldozer américain qui est à l’origine de cette victoire. Ironie de l’histoire, ici depuis quelques jours tout le monde ou presque ne parle que de la venue de Barrack Obama sur l’île de Cuba les 21 et 22 mars prochains. C’est un grand événement qui se prépare suite à la venue de François Hollande en mai 2015.

Santa Clara 11-76Nous revenons  à la place Leonce Vidal et prenons un bici-taxi pour nous rendre à la station de bus Via Azul pour trouver un moyen de locomotion pour le lendemain. Nous admirons les mollets du jeune cubain qui nous amène là-bas pour 4 CUC AR. Il pédale de 6 heures  du matin à 6 heures du soir non stop. A peine arrivé, il nous trouve un taxi collectif pour nous rendre à La Havane pour le prix de 40 CUC  le lendemain matin à 9 heures.

De retour au parc, petit tour sur Internet pour Stef (rappelez-vous, les parcs sont des endroits où l’on capte facilement la wifi), moi je décide de ne toujours pas me connecter et cela ne me manque pas le moins du monde. La ville est toute enfumée de partout à cause des fumigations contre les moustiques. Nous avons soif et dans le guide Géo j’ai repéré un bar proche qui a l’air plutôt sympa. En  fait, cet endroit s’avèrera être génial.

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El Mejunje est un bar que je conseille à toute personne débarquant à Santa Clara.  C’est un lieu unique en son genre à Cuba. Dans ce lieu incroyable, se mélangent toutes sortes d’arts de la musique à la poésie en passant par le théâtre et les arts plastiques. Au départ c’était un club gay mais maintenant il y a des soirées à thème tous les jours et c’est ouvert à plein de gens différents. Nous arrivons vers 16 h 30 et nous y resterons jusqu’aux alentours de 22 heures. Une soirée dingue nous attend. C’est complètement inattendu. Le cadre est superbe et nous plait beaucoup.  On entre dans une grande cour à ciel ouvert. Les murs sont en brique et recouverts de graffitis. C’est mardi et jour de chance, le mardi, c’est soirée Rock mais en fait on va découvrir tous les Punks de Cuba. On nous annonce un concert sur les coups de 20 heures.

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Nous nous installons sur les bancs et il y a une scène ouverte avec de jeunes rappeurs et slammeurs qui déchirent. C’est vraiment puissant. On ne comprend pas tous les mots mais ils nous touchent au plus profond car ce sont des mots du cœur. Il y a même un danseur de tectonique sur la scène en plein air.

 

 

 

Santa Clara se livre à la tombée de la nuit. Dix minutes plus tôt, je disais à Stef que j’étais jalouse par cette ville mais sitôt franchi le seuil de cet endroit, je ne regrette absolument pas d’être venue. Au Mejunje, il y a une atmosphère particulière. Tous les révoltés et rebelles de la ville semblent s’être donnés rendez-vous en ce lieu. Tout d’un coup, une bande de jeunes punks à crêtes bleues, oranges,  vertes, débarque et c’est un autre monde qui se mélange. Le concert punk démarre, les pogos se déroulent devant nos yeux. C’est une soirée hommage au groupe Eskoria dont le leader a été assassiné en 2010. C’était le groupe punk le plus connu de la scène cubaine. En cliquant sur le lien, vous pourrez en savoir plus. Si j’ai bien compris, il aurait été poignardé. Les 4 autres membres du groupe sont là, ils se rassemblent sous un nouveau nom les « Dictox ». La soirée est merveilleusement douce. Stef retrouve ses lointaines soirées du Havre au pays des rebelles et moi je me retrouve en Ecosse à Edinburgh au milieu des punks mais ceux d’ici sont particulièrement sympathiques. Certains viennent discuter avec nous. Ils disent être antifascistes, anti révolutionnaires et même anticommunistes. Le concert est puissant et vraiment bien. Dommage que nos amis de la veille ne soient pas avec nous. Ravie d’avoir découvert un autre style de musique cubaine.

Vidéo du groupe Eskoria à cett adresse : https://vimeo.com/6269449


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