La ligne bleue : un livre contemporain sur l’Argentine en proie à la terreur politique

La ligne bleue / Ingrid Betancourt. – Gallimard, 2014 index

Je ne connaissais pas Ingrid Betancourt en tant qu’écrivaine et franchement c’est une belle réussite. J’ai toujours été admirative de son courage à cause de ce qu’elle a vécu en Colombie quand elle était prisonnière des FARC. Je me rappelle, c’était une belle nuit d’été du côté du Pont du Gard en 2008, j’étais à un concert en plein air de Manu Chao, une autre personne que j’apprécie énormément quant au bout de près de 3 heures de spectacle dans un décor grandiose, un murmure est passé dans la foule…. On a appris la libération d’Ingrid Bétancourt après je crois bien près de 6 ans de captivité dans la jungle amazonienne et comme tous ces gens j’étais heureuse.

Aujourd’hui je ne peux que vous encourager à lire ce livre « La ligne bleue » qui n’a rien à voir avec ses propres années d’emprisonnement mais on sent une force et un vécu très fort notamment autour de la captivité et de l’engagement politique. L’histoire se passe en Argentine, pays très cher à mon cœur et où j’espère que mes pas de voyageuse me ramèneront un jour. Ici, l’action se passe en parallèle entre les années 1970 et 2000 à Buenos Aires et à Paris. L’histoire de Julia l’héroïne va basculer lors du retour de Péron en Argentine. Son ami Théo est sympathisant du mouvement des Monténeros et dès lors, ils vont être traqués tous les deux. Ils vont vivre, plutôt subir des moments très durs lorsqu’ils seront en captivité, moments qui induiront leur vie future à jamais.

Julia a la particularité de posséder un don étrange que seules certaines femmes de sa famille peuvent avoir : le troisième œil qui a le pouvoir de se greffer sur la vue d’une autre personne et qui l’entraîne vers des voyages prémonitoires. Mais elle ne sait pas à travers les yeux de qui elle voit l’avenir, elle devra d’ailleurs chaque fois trouver des signes qui l’aideront à reconstituer le puzzle pour reconnaître la personne en danger lors de ses visions. Elle a 5 ans la première fois que cela arrive et qu’elle est projetée dans un monde d’adulte brutalement, elle habitait alors  Colonia del Sacramento en Uruguay, une ville fantastique où j’ai eu la chance de me balader et que je recommande fortement. Grâce à ce don de voyance qui devrait lui permettre d’aider les autres et de changer le cours des choses, elle réussira à sauver la vie de sa sœur. La famille revient en Argentine et là Julia découvre une grand-mère qui a aussi le don et auprès de qui elle vivra des choses très intenses. Mama Fina exerce une vraie fascination sur elle.

A dix-huit ans, elle rencontre Théo qui sera l’homme de sa vie et qui l’entrainera vers des choses très dures à vivre au temps des militaires. Il est membre du réseau des Montonéros tout comme Gabriel son frère et Rosa qui deviendra une amie précieuse. Elle fait aussi la connaissance du Père Mugica qui exerce un véritable magnétisme sur elle. Théo n’est pas au courant des étranges voyages qu’elle fait et elle ne peut lui confier ses craintes vues dans ses terribles visions prémonitoires. Un jour elle voit un homme à moustaches vider son arme contre elle et elle voit la mort du Père Mugica par anticipation. Avec la mort de Péron quelques semaines plus tard, la situation empire à Buenos Aires et en 1974 les Montoneros passent à la clandestinité. Leurs amis disparaissent ou sont arrêtés. Videla a pris le pouvoir et son objectif est d’éliminer les Péronistes. Mama Fina a une vision terrible concernant Julia et Théo et leur conseille de quitter l’Argentine. Julia apprend alors qu’elle est enceinte mais c’est en prison qu’elle accouchera d’Ulysse. Castelar est un endroit d’où on ne sort ni vivant ni indemne. La description de son incarcération fait froid dans le dos. Un prisonnier dit : « Nous ne sortirons pas tous vivants. Et il nous faudra un jour raconter aux familles des autres ce qui est arrivé ici ». Et pourtant, Julia réussira à s’enfuir et survivra. Elle passera près de trente ans à chercher Théo partout dans le monde pour donner un père à son fils.

Ce livre m’a d’autant plus touchée qu’il y a peu j’ai visité au Cambodge un endroit de ce type ou là bas plus de 20.000 personnes ont disparu et où seuls 7 personnes ont survécu, il s’agit de S21 à Phnom Penh.


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