Coup de coeur pour Petit pays de Gaël Faye

9782246857334-001-TPour un premier roman, c’est une vraie réussite. Gaël Faye est un vrai poète, il écit magnifiquement bien et c’est juste un vrai plaisir de le lire malgré la difficulté du sujet. Il nous fait découvrir l’histoire d’un pays peu connu ici, le Burundi mais aussi son voisin le Rwanda.  C’est un pays comme chez nous où les jeunes vivent dans une certaine tranquillité et insouciance, ce sont des enfants comme partout ailleurs dans le monde qui se délectent de jeux, de discussions, de nonchalance, de plaisirs partagés entre copains.  Gaby, un jeune adolescent métis vit dans un quartier favorisé et ne se préoccupe absolument pas de politique ni de racisme. Il ne s’est d’ailleurs jamais posé de questions au sujet de sa couleur de peau ou de son appartenance ethnique. Il apprendra que « Les Hutus sont les plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez ». « Et puis, il y a les « Tutsi » comme sa maman, ils sont beaucoup moins nombreux que les Hutu, ils sont grands et maigres avec des nez fins ». A croire qu’ils se font la guerre car ils n’ont pas les mêmes nez vu qu’ils parlent la même langue, ont le même Dieu et vivent dans le même pays. Dès qu’on lui demande de quelle origine il est, il répond qu’il est d’abord un être humain.

Une vingtaine d’années plus tard, Gaby est un réfugié en France mais continue d’être obsédé par ce pays qu’il a été obligé de quitter au moment du passage de l’adolescence au monde adulte. Mais ce passage sera très abrupt pour lui.  Dès qu’on lui demande de quelle origine il est, il répond qu’il est un être humain.

Il passe énormément de temps avec ses copains de l’impasse, le quartier résidentiel où il vit en tant que fils d’expat privilégié dans la ville de Bujumbura. On se croirait presque dans l’atmosphère de « la Guerre des boutons » par moments. La vie s’écoule paisible jusqu’à la séparation de ses parents.  Un matin de 1993, il y a des élections pour la première fois. Mais quelque temps plus tard, un air de musique classique résonne dans la ville. Le « Crépuscule des Dieux » de Wagner annonce en ce 21 octobre 1993 un coup d’état militaire. Des massacres s’ensuivent.  A la radio, Gaby entend une phrase terrible « Les cafards doivent périr ». Ce mot désigne les Tutsis et Gabriel impuissant va assister au spectacle de la haine, au déchirement entre des populations très proches pourtant. Il vit à distance le génocide rwandais qui touche de très près sa proche famille.

Au milieu de toutes ces horreurs, Gaby découvre le plaisir de la lecture et arrive à s’évader au-delà de l’impasse où il vit. Il ne veut rien entendre de la guerre, il souhaite se réfugier dans les livres « dans le bunker de son imaginaire » et oublier la guerre.

«Un livre peut te changer. Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis » est une citation que j’apprécie dans ce livre et qui explique cette rencontre magique qu’il découvre.

Mais la violence et la haine se rapprochent, cela commence par sa Maman qui devient folle après les atrocités vues au Rwanda. le père de son ami est tué dans l’impasse, son havre de paix n’en est plus un, Gaby est rattrapé par la guerre et par l’irréparable. Il doit fuir ce pays tant aimé, ce pays disparu à tout jamais.

Je terminerai par les mots qu’il a emportés avec lui en fuyant le pays « Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, eh bien on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières… »

 

 Petit pays, Gaël Faye, Grasset 2016

 


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