De Khajurâho à Orccha : Voyage en train dans une classe populaire

La nuit a été mauvaise car les voisins ont été bruyants et j’ai été malade. Je pensais être mal des intestins comme à chaque voyage sur le continent asiatique mais non, tout va bien de ce côté là, c’est la gorge et les sinus qui sont attaqués, pas étonnant avec toute la poussière, la pollution et en plus les pollens qu’on se ramasse de plein fouet. En plus, la puja est bien matinale et nous réveille à 6 h 30 avec les clochettes qui tintent au lever du jour.  Nous avions prévu d’aller déjeuner au Lassi Corner que nous avions bien apprécié hier mais à cette heure-ci tout est fermé, la ville semble être prise dans une douce torpeur. Aussi, c’est à la guest house que nous prenons un petit déjeuner complet en terrasse en compagnie des corneilles qui apprécient les corn-flakes.

Le jeune chauffeur d’auto-rickshaw réservé la veille est déjà là  et pour 100 roupies, il nous amène à la gare de Khajurâho perdue au milieu des champs à environ 8 kilomètres de distance. Nous avons bien fait de déjeuner car ici, il n’y a rien. N’ayant pas de billet, nous allons au guichet des billets non réservés où il y a une bonne file mais aucun touriste à l’horizon, à croire qu’ils se déplacent avec chauffeur, tour operator ou en avion. Pourtant, le trajet est très bon marché, nous payons nos tickets 75 roupies chacun, soit à peine 1 euro.

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Nos places ne sont pas numérotées et nous montons dans la classe que pratiquement tous les indiens prennent. Nous avons beaucoup de chance  car nous trouvons deux places en duo face à face contre la fenêtre grillagée. Le train arrive avec au moins 40 minute d’avance et part à l’heure précise à 9 h 26. Une vielle dame toute emmitouflée dans un sari un peu épais porte un panier en osier sur sa tête et vend des salades qu’elle prépare devant nous à base de tomates fraîches, de poivrons, d’oignons et de citron. Elle sert ses salades dans du papier journal plié en 8 en guise d’assiette. Imaginez un peu la même chose dans nos trains européens, c’est juste impensable.

 

gare2Aujourd’hui il ne fait pas trop chaud dans le train, les dames portent des vêtements chauds sous leurs saris en voile léger. Le train est plein de courants d’air et j’apprécie ma petite doudoune. Le train ralentit et arrive à Mahoba Junction où il y  a énormément de monde sur les quais. Des vendeurs ambulants se pressent sous les fenêtres et c’est très vite la cohue pour trouver une place assise. Le wagon est vite bondé et certains voyageurs n’hésitent pas à escalader et à s’installer sur les porte-bagages pas vraiment confortables au-dessus des sièges pris d’assaut.

Un bébé braille à tue-tête, il a faim. Sa jeune maman s’installe tant bien que mal en bout de banquette où sont déjà assises 5 personnes et lui donne le sein sous son sari fleuri. Sur le quai d’à côté, nous voyons passer notre locomotive qui part s’installer à l’avant dans l’autre sens. La notion du temps est complètement différente de chez nous. Une fois la locomotive installée, nous attendons encore 30 minutes, j’ignore pourquoi. Sachez que je prends le train tous les jours pour me rendre à mon travail et là, moi qui suis toujours à la bourre, toujours à la minute près, en train de courir, j’avoue que je reste perplexe et que je suis perdue.

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La loco klaxonne une première fois, puis une deuxième, est-ce le signal du départ ? On se croirait dans un bateau quittant le port avec sa corne de brume. Et toujours des vendeurs de cacahuètes, de corn flakes, d’eau, de thé, se faufilent dans les allées bien encombrées de monde. Au bout de six sifflements, le train repart en sens inverse, il est déjà 11 heures du matin. C’est au tour d’une vendeuse de tissus quadrillés de se faufiler entre les nombreuses personnes. Je fais un peu de sieste et puis c’est la panique, il y a de plus en plus de monde. Les allées sont bondées, sur les banquettes, maintenant il y a 7 personnes, je ne vois plus Stef car une dame a suspendu son sac polochon à un crochet entre lui et moi. Nous nous parlons sans nous voir. Ah c’est l’aventure les trains indiens !

train2OK, ce n’est pas cher de voyager en classe populaire mais peut-être que la prochaine fois on essaiera une classe supérieure. Mais de quoi se plaindre ? Nous sommes quand même bien installés, on a bien fait de choisir les places l’une en face de l’autre et non les banquettes. C’est un peu la folie ce wagon où les vendeurs ambulants ne peuvent même plus circuler tellement il y a du monde partout. Les records sont battus, il y a maintenant 9 personnes sur la banquette prévue initialement pour 4. Mon écriture fascine de jeunes indiennes qui regardent avec beaucoup de plaisir mes mots qui remplissent mon carnet.

Et soudain, panique à bord, le train s’immobilise en rase campagne. Paraît-il qu’il y a eu un accident ! La locomotive a heurté une vache. Stef en profite pour descendre fumer une cigarette, une dame qui était debout en profite pour prendre sa place un moment, le paysan à qui appartient la vache arrive avec plein de villageois, le train siffle, tout le monde remonte et il redémarre quinze minutes plus tard. Nous arrivons à Jansi Junction peu après 14 heures, le voyage aura duré près de cinq heures pour un peu moins de 200 kilomètres.

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A la sortie, toujours la même folie autour de nous, Stef perd presque son sang-froid quand on lui réclame 300 roupies pour nous rendre à Orchha. Pendant ce temps, je négocie le prix de la course avec un monsieur plus âgé. En chemin, nous croisons un groupe de gens qui se rendent à un mariage. Notre chauffeur de tuk-tuk nous plante royalement à l’entrée de la ville car il aurait une taxe de 40 roupies pour y entrer. Nous continuons donc à pied, on se trompe d’hôtel car deux ont quasiment le même nom. Mais gentiment le propriétaire appelle notre hôtel, en fait c’est chez son frère, d’où le nom identique, et ils viennent à notre rencontre.

Nous sommes très bien accueillis avec un masala chaï. En cuisine, on me montre même comment il faut le préparer, alors voici la recette en direct pour deux verres de thé. Versez un verre d’eau dans une casserole sur le feu, ajoutez 2 cuillères à café de thé noir bien remplies, ajoutez 1.5 à 2 cuillères à café de sucre, un verre de lait et laissez bouillir entre 8 et 10 minutes. L’accueil est parfait et la chambre très bien. De plus, du balcon nous avons une très belle vue sur le temple de Lashkmi. Tout le monde dans le quartier nous dit bonjour ou nous sourit.

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Après avoir posé nos sacs à dos dans la chambre, nous partons à la découverte d’Orchha qui s’avère être une très jolie petite bourgade. Au marché, il y a des stands avec des poudres chimiques colorées qu’ils utilisent pour faire des dessins devant les entrées de maison ou pour se décorer le front de symboles colorés. Nous passons devant le temple Jaïn ou un couple fête ses 25 ans de mariage.

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Puis, nous allons vers le Raja Mahal que nous visiterons le lendemain matin. Nous contournons le palais par une route qui en fait complètement le tour. A cette heure-ci, en fin d’après-midi, les couleurs sont très belles. Nous avons la surprise de découvrir de belles ruines, notamment le Dauj Ki Kothi. Cela nous permet d’imaginer la ville il y a environ 500 ans, visiblement, elle était très étendue. L’architecture est islamo-moghole et il y a des temples et des bâtiments à perte de vue. Le site est immense.

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En se promenant, on tombe par hasard sur l’étable des chameaux, un bâtiment intact au milieu d’un champ de ruines ; nous entrons aussi dans une riche maison avec une cour intérieure et un reste de four bien conservé dans la cuisine. Nous assistons au retour des chèvres qui broutent les feuilles les plus tendres sur le chemin.

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Puis, le son de la musique et de chants féminins nous attire. Nous arrivons dans un petit temple dédié à Ganesh devant lequel un groupe de femmes est assise sur des tapis posés sur le sol autour de deux musiciens, un percussionniste et une femme qui frappe dans ses mains un instrument avec de nombreuses clochettes. Les chants sont juste magnifiques, une femme au sari bleu entre en transe sur la musique cadencée et encouragée par les autres. Nous sommes invités à nous rapprocher et à partager ce moment avec elles près du temple.

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Nous rentrons à l’hôtel chercher une polaire car la nuit est plutôt fraîche et nous mangeons au hasard dans un restaurant assez moyen. Faut dire que les restaurants ouverts ne sont pas légion à Orccha en cette saison.

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Hébergement : Sri Mahant Hotel

Adresse : Laxmi Temple Road, Shyam Colony, 472246 Orchha, Inde

A ne pas confondre avec Sri Mahant Guest house en plein centre

Une excellente adresse, patron adorable et équipe très disponible, wifi génial, eau chaude en permanence, petit déjeuner sur terrasse avec belle vue, bref on a adoré même si on n’avait pas de drap dessus, au moins, nos sacs à viande ont servi, très tranquille, accueil avec thé masala

 

 


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